
La politique énergétique française est dominée par les débats sur le nucléaire et les renouvelables. Pourtant, un levier essentiel reste encore trop peu exploité : la manière dont nous consommons l’énergie dans nos bâtiments.
Bureaux, écoles, hôpitaux et commerces représentent plus de 40 milliards d’euros de dépenses énergétiques par an. À l’heure où l’État cherche à réduire ses dépenses, ce levier constitue un potentiel considérable d’économies.
La flexibilité énergétique : une solution concrète et déjà disponible
La flexibilité énergétique des bâtiments repose sur le pilotage intelligent des équipements. Grâce aux données d’usage, à la météo ou à l’état du réseau électrique, il devient possible d’ajuster en temps réel la consommation d’énergie. Cela passe par des actions simples : baisser le chauffage dans des espaces inoccupés, moduler l’éclairage selon la luminosité naturelle, ou encore décaler certains usages énergétiques hors des périodes de forte demande.
Ces ajustements sont généralement imperceptibles pour les occupants, mais ils permettent de réduire les pics de consommation, de soulager le réseau électrique et d’améliorer la sécurité d’approvisionnement.
Des résultats déjà mesurables
Les bénéfices de la flexibilité ne sont pas théoriques. À l’Assistance publique des hôpitaux de Paris, l’analyse fine des consommations et l’optimisation des équipements ont permis de réduire la consommation énergétique de 15 % en un an. Des résultats comparables sont observés dans les établissements médico-sociaux et les centres commerciaux. À l’échelle nationale, une réduction de 20 % de la consommation du parc tertiaire apparaît atteignable, représentant près de 8 milliards d’euros d’économies.
Un retard français à combler
Alors que plusieurs pays européens ont mis en place des mécanismes d’incitation à l’effacement et à la flexibilité, la France avance plus lentement. Les signaux publics restent insuffisants, la complexité administrative freine les initiatives, et le bouclier tarifaire limite la perception du coût réel de l’énergie.
Le dernier décret sur les certificats d’économies d’énergie illustre ce décalage : il ne reconnaît pas les outils de pilotage intelligent pourtant indispensables à une gestion efficace des consommations dans le tertiaire.
Activer un levier immédiat
Il n’est pas nécessaire de créer de nouveaux dispositifs complexes. Reconnaître la flexibilité énergétique dans les CEE, former les acteurs et garantir la mise en service et la maintenance des systèmes suffirait à activer un levier rapide et efficace. Une démarche pragmatique, capable de concilier sobriété énergétique, maîtrise des dépenses publiques et souveraineté énergétique.