Quand on évoque l’immobilier du futur, on pense nécessairement au smart building, au numérique, à l’intelligence du bâtiment. Mais on aborde moins souvent les nouveaux modes de construction, à l’instar de la préfabrication en usine, alors que le rapport ministériel sur l’industrialisation de la construction affirme que « l’un des bénéfices les plus certains de la construction industrialisée est d’être plus durable. Durable parce qu’évolutive et moins gourmande en ressources. » Pourquoi alors ne pas allier smart et hors site ? Avec une longueur d’avance, la SBA a décidé de s’engouffrer dans la brèche et de lancer un groupe de travail sur le sujet : la commission Digital Construction. Entretien avec ses coordinateurs : Pascal Chazal, fondateur du groupe Hors Site, Arnaud Gabel et Éric Jouseau, co-fondateurs d’AceWithYou.

Éric Jouseau en est convaincu : « On ne peut pas envisager une avancée aussi importante que le numérique dans le bâtiment sans regarder les autres évolutions. Le changement de principes constructifs du bâtiment par exemple, on ne peut pas l’ignorer. Forcément il y a une convergence qui doit se faire entre le Smart et le Hors Site. »

Le Hors Site : une tendance qui s’accélère

C’est d’autant plus vrai que la construction industrielle est en essor dans le monde entier. « On sent que c’est en train de bouillir de tous les côtés, avec des usines qui s’ouvrent un peu partout, confirme Pascal Chazal, y compris chez nous en France. On a les acteurs traditionnels, qui sont là depuis des années et qui commencent à miser sur le préfabriqué. Mais on a aussi des start-ups qui se créent. On a même des promoteurs qui investissent dans des usines. » Aujourd’hui, on peut dire qu’en France une trentaine d’usines ont ouvert leurs portes ou sont en cours de création. Preuve que la tendance est vraiment en train de s’accélérer.

Les prémices du smart en usine

En Europe, des sites industriels robotisés commencent à émerger et à intégrer de l’intelligence dès la construction en usine. C’est précisément ce qu’a mis en place l’entreprise Gropyus en Autriche. À la sortie de ses usines, les éléments de bâtiment comportent un système d’exploitation du logement, avec tout le numérique intégré. Pour lancer cette activité, Gropyus a même réalisé une levée de fonds de 200 M d’euros. C’est dire que l’idée commence à faire mouche sur le secteur et qu’elle intéresse les investisseurs. « Il est temps que le marché immobilier évolue, lance Arnaud Gabel. Effectivement, s’il existe de réelles avancées sur le numérique, la transformation est lente dans le bâtiment et il existe encore certaines frontières entre les corps de métiers sur les chantiers, et le numérique passe malheureusement parfois après le montage des murs et la pose des portes et fenêtres. » À l’inverse, en Hors Site, les tâches sont transférées en usine et les silos sont levés : tout se passe au sein d’une même entreprise, tous les métiers travaillent ensemble, sous la responsabilité d’un bureau d’étude. Mettre l’intelligence intégrée à chaque module du bâtiment devient beaucoup plus facile et rapide, avec un niveau de qualité supérieur.

La nécessité d’un changement culturel

La construction modulaire est donc très favorable au smart. Mais cela impose un véritable changement culturel, pour que les produits connectés soient intégrés dans des modules par des industriels en usine, plutôt que sur le chantier. « Pour les fabricants de solutions dites intelligentes, le fait de développer des produits qui font partie prenante du bâti représente un grand pas de côté, concède Éric Jouseau. La SBA est la structure nécessaire pour opérer ce changement parce qu’elle présente une qualité : elle sait parfaitement bien faire communiquer les professionnels entre eux, qui n’ont pas l’habitude de parler ensemble, susciter les réflexions et engager des travaux. » La première étape en effet est de faire en sorte que les acteurs de la construction hors site et ceux du smart se connaissent et que chacun aborde ses problématiques pour les partager et les résoudre.   

L’urgence d’une montée en compétence

« Dans le cadre de la commission Digital Construction à la SBA, nous voulons ainsi initier un nouveau dialogue d’industriels de la construction à industriels du numérique, et inversement, note Pascal Chazal. Pas si simple notamment de passer d’assembleur de modules en bois à intégrateur de systèmes connectés. » La commission pourrait alors orchestrer une montée en compétence de la filière. « Nous travaillons déjà ensemble, révèle Arnaud Gabel. Notre entreprise, AceWithYou dispense une formation sur les bénéfices à mixer Hors Site et Smart, sur le bâtiment intelligent et sur l’usine intelligente, au sein du Campus Hors Site de Pascal Chazal. » 

Ils veulent tous les trois aller plus loin encore avec la SBA et réunir les constructeurs classiques, les industriels, les fabricants de solutions, mais aussi les promoteurs, les bailleurs ou encore les collectivités pour réfléchir ensemble au futur de bâtiment. « On veut élargir le groupe de travail à tous les professionnels du secteur, et faire entrer les constructeurs hors site dans nos réflexions, concluent-ils. On peut imaginer aussi chercher à adapter le label de connectivité R2S aux contraintes de la construction modulaire, ainsi que ses déclinaisons puisqu’on va œuvrer sur l’énergie du bâtiment, la mobilité, les services… Le champ des possibles est immense et les perspectives prometteuses. »   

 

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