Lors de la dernière édition du salon Batimat, le ministre de la Ville et du Logement Julien Denormandie a dévoilé un rapport sur les apports du numérique dans la construction. À cette occasion, il a souligné l’importance pour la France de favoriser les nouveaux modes de construction, à commencer par le hors-site avec, à la clé, la promesse de construire plus, plus vite et moins cher, avec moins de nuisances et plus de qualité.

L’ONU estime que deux habitants de la planète sur trois habiteront en ville en 2050[1]. L’urbanisation est déjà est en marche.
La ville de Lyon par exemple absorbe l’équivalent de la ville de Valence tous les 3 ans. Il faudra donc construire plus, beaucoup plus, car de nombreux besoins devront être satisfaits : plus de logements, plus de commerces, plus de bureaux, plus d’écoles, plus d’hôpitaux… « Pour amorcer cette transformation, le secteur de la construction a tout intérêt à démarrer enfin sa révolution industrielle, conseille Pascal Chazal, Président du groupe Hors-Site. La préfabrication est déjà largement exploitée dans les pays asiatiques[2] et anglo-saxons. Pour bâtir les 4 000 établissements scolaires dont elle a grand besoin dans les 10 ans à venir, la Grande-Bretagne a ainsi engagé un programme pour la construction hors-site d’écoles clé-en-main. »

Comment construire une ville dans la ville en étant plus responsable ?

La France, où la notion de « construction en dur » reste toujours ancrée, compte un retard important sur le secteur. Néanmoins, des entreprises se sont déjà lancées dans le pari de l’industrialisation, à l’instar du groupe toulousain GA Smart Building. « Nous avons industrialisé notre approche constructive depuis de nombreuses années. Les éléments de structure, de façade, ainsi que les équipements qui composent les bâtiments que nous réalisons sont designés en BIM, fabriqués dans nos usines avant d’être assemblés sur site, décrit Sébastien Matty, Président de GA Smart Building. Nous divisons ainsi jusqu’à 2 les délais de construction, nous réduisons la production de déchets et le transport des éléments nécessite 5 fois moins de camions que la livraison des matériaux sur les chantiers. Ces atouts sont déterminants dans les zones urbaines les plus denses ! » Les gains de la construction hors-site sont effectivement considérables, les nuisances pour les villes bien moins nombreuses et l’empreinte carbone minimisée.

Coût, qualité, emplois, économie circulaire : des atouts à tous les étages

Considérant ces avantages, les acteurs de l’immobilier souhaitant aller vers l’industrialisation de la construction se font plus nombreux, pour améliorer leur performance. La productivité a en effet toutes les chances d’augmenter en usine avec l’opportunité de former plus aisément la main d’œuvre, de coordonner et d’anticiper les opérations, de standardiser les process et de diminuer les risques en fabriquant uniquement ce qui a déjà été vendu. En s’industrialisant, le secteur automobile a ainsi multiplié sa productivité par 300 ! « Prenez Ikea, confie Pascal Chazal. Le célèbre spécialiste de l’ameublement en kit s’est associé avec le constructeur Skanska pour créer la marque de construction hors-site Boklok. Boklok fabrique chaque année 1 300 logements. Les maisons sont fabriquées sous forme de modules sur des lignes de production, la cuisine et la salle de bain sont déjà assemblées et équipées en atelier, et tout est ultra-standardisé, pour faire chuter les coûts. Les clients n’ont plus qu’à s’approprier leur intérieur grâce à leur mobilier et la décoration. Résultat : les logements sont vendus 25 % moins chers que la concurrence, la qualité s’améliore continuellement et Boklok a été désigné en 2018 et 2019 meilleur constructeur de l’année en Suède ! »

Et ce n’est pas tout. L’industrialisation de la construction pourrait permettre également de redensifier les campagnes. « En 2008, j’ai investi dans l’usine d’un groupe d’électroménager qui fermait, pour la convertir en unité dédiée à la construction d’ossature bois, poursuit Pascal Chazal. Située au cœur des Vosges et de ses forêts, elle était en effet idéalement située pour cette nouvelle activité. J’ai repris 50 salariés, dont 70 % de femmes. Ces dernières, qui auparavant fabriquaient des grille-pains, ont excellé dans la production de modules bois et bâti pas moins de 6 000 logements. De surcroît, le bilan carbone de cette opération est exceptionnel : les employés vivent tous à proximité de l’usine. » La construction hors-site cumule ainsi les atouts : par un transfert des heures du chantier à l’usine, elle aide à réduire les nuisances pour la ville et à redonner de l’emploi dans les zones rurales défavorisées, tout en produisant des éléments de qualité industrielle à forte valeur ajoutée.

La construction hors-site et le digital : union prometteuse et durable

La modernisation de l’industrie du bâtiment passe évidemment aussi par sa transition numérique. Les attentes de la profession vis-à-vis du BIM en particulier sont nombreuses. Néanmoins, il est toujours difficile d’aligner les maquettes 3D parfaitement dessinées par ordinateur avec la réalité des ouvriers sur le terrain. « C’est pourquoi nous avons beaucoup investi dans le BIM, pour l’ensemble des bâtiments que nous réalisons à présent. La maquette est utilisée à toutes les étapes des projets par le bureau d’études, en usine, sur chantier et peut l’être après la livraison, en exploitation, souligne Sébastien Matty. GA Smart Building s’est également associé à l’INSA pour développer un MOOC sur le BIM. Notre objectif était d’aider tous les acteurs de l’immobilier et du bâtiment qui le souhaitaient à aborder cette transition numérique incontournable[3]. » Le BIM partage la même logique que la construction hors-site, avec l’avènement du travail collaboratif et pluridisciplinaire. Ainsi, en mettant les acteurs de la construction et du Smart Building autour de la table, ils partageront la même vision intégrée du bâtiment et l’ajout de solutions digitales sera plus simple en usine que sur le terrain. « Les modules avec leur connectivité, leurs capteurs et la gestion technique centralisée peuvent ainsi être installés, testés et validés avant même de partir sur les chantiers, » suggère Pascal Chazal. Ces modules équipés peuvent ensuite être pluggés aisément sur la colonne vertébrale digitale R2S des bâtiments en construction, voire en rénovation. Pour les équipes, c’est à la fois plus confortable et plus efficace.

[1] https://news.un.org/fr/story/2019/10/1055091
[2] Comme le démontre la construction express en 10 jours d’un hôpital de 1 000 lits et 25 000 m² en Chine pour accueillir les patients atteints par le coronavirus
[3] Cette formation gratuite, en ligne et accessible a rencontré un vrai succès avec plus de 10 000 inscrits !

Crédit photo : © Grégory Tachet 

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