Onze tonnes de CO2 par an : telle est l’empreinte carbone d’un ménage en France. Sachant que le logement et la mobilité contribuent à parts égales à plus de la moitié des émissions de gaz à effet de serre, il serait temps de conjuguer les efforts des secteurs du bâtiment et de la mobilité. La commission R2S 4 Mobility, coordonnée par Claude Ricaud, consultant au groupement des entreprises de la filière électro-numérique GIMELEC, œuvre dans ce sens. Daniel Quenard, responsable Développement à la direction Energie-Environnement du CSTB, donne aussi son point de vue.

Nombreux sont les acteurs de la ville à penser que la mobilité et le bâtiment devraient être abordés conjointement pour réduire le bilan carbone de chaque ménage français à 2 tonnes de CO2 par an en 2050. « Longtemps, ces deux secteurs ont été considérés comme des mondes à part, regrette Daniel Quenard. Or, le premier (le véhicule) est garé à proximité du second (le bâtiment) durant 95 % de son temps ; à eux deux, ils engloutissent les trois quarts des énergies produites ; demain, ils partageront de plus en plus l’usage de l’électricité et du numérique. La convergence entre ces deux secteurs apparait être une évidence. » Le bâtiment devient ainsi le port d’attache des équipements de mobilité de proximité.

Le véhicule électrique, premier appareil électro-ménager du foyer

Déjà, dans un rapport de prospective de la CRE, le véhicule électrique est désigné comme le ″premier appareil électro-ménager du foyer″. Une comparaison qui conduit Daniel Quenard à imaginer que les bâtiments et les équipements de mobilité peuvent devenir plus interactifs grâce au numérique. « Des liens peuvent effectivement se créer entre la production d’énergie renouvelable sur les toits et les places de stationnement des maisons et des immeubles, et la consommation d’électricité par les véhicules, toutes deux intermittentes, suggère-t-il. Avec 2 millions de voitures électriques en circulation par exemple, il serait possible de stocker dans les batteries l’équivalent de la capacité de stockage hydraulique d’électricité dont dispose EDF aujourd’hui ! »

 Un cadre pour organiser 

La SBA réfléchit à cette convergence depuis plus d’un an, avec l’objectif de permettre l’intégration des services numériques et énergétiques du bâtiment pour la mobilité. « Dans cette perspective, nous avons travaillé sur la mise au point d’un cadre méthodologique, afin de donner les moyens aux acteurs de l’immobilier de l’organiser dans une démarche structurée, confie Claude Ricaud. Aujourd’hui, la mobilité décarbonée décolle et tous les constructeurs automobiles annoncent des offres de véhicules électriques. En conséquence, dans les 2 ans à venir, la pression sur les gestionnaires et exploitants de bâtiments va devenir colossale, pour installer des infrastructures adaptées, qui vont au-delà du simple équipement de bornes. »

Un pilotage de l’énergie incontournable

Toutes les analyses confirment que la grande majorité des recharges se feront dans les bâtiments, là où les véhicules sont stationnés le plus longtemps. Les points de charge des véhicules électriques devront donc être installés dans les parkings des immeubles d’habitation et de bureaux. « Il faudra piloter intelligemment cette recharge, pour ne pas surdimensionner les installations électriques du bâtiment, ni créer des contraintes supplémentaires de consommation de pointe sur le réseau électrique, insiste Claude Ricaud. Le pilotage de l’énergie est donc indispensable, pour permettre le partage de la puissance entre les consommateurs du bâtiment, l’éclairage, le chauffage et la climatisation, l’eau chaude sanitaire et la cuisson, les ascenseurs la recharge des véhicules, sinon le besoin de puissance électrique du bâtiment deviendra vite déraisonnable. » Chaque véhicule électrique consomme 3 000 kilowattheures (3 MWh) par an, l’équivalent de la consommation d’un logement en eau chaude sanitaire. Pour la SBA, la recharge doit donc être intégrée à la gestion énergétique du bâtiment, avec un pilotage intelligent, c’est-à-dire qui prend en compte les besoins des utilisateurs.

 Le cadre R2S 4 Mobility lancé le 1er juin 2021

« C’est précisément l’objectif du cadre R2S 4 Mobility, que nous lançons le 1er juin 2021, confie Claude Ricaud. Nous l’avons imaginé sous la forme d’un classement des bâtiments, à l’aide d’un ″Smart EV-Scoring″, avec des niveaux d’exigence de D jusqu’à A+, classés en cinq sous-thèmes : pré-équipement et dimensionnement, équipement initial, fonctionnalités de l’infrastructure de recharge, interopérabilité et évolutivité, qualité et conformité. Le bâtiment offrira ainsi progressivement tous les services nécessaires à l’électromobilité, pas seulement pour les véhicules mais aussi les engins de micromobilité (vélos, trottinettes, scooters…). » Le socle de cette échelle de scoring pour l’électromobilité s’appuie sur les exigences de la réglementation actuelle en la matière pour le neuf, portant sur le précâblage, l’aménagement du local technique, ou encore la puissance de raccordement, en les étendant aux bâtiments existants et en les renforçant, pour garantir l’adaptation du bâtiment pour les 10 années à venir.

Un Smart EV-Scoring progressif 

Le niveau de ″Smart EV Scoring″ D fixe un premier niveau de pré-équipement minimal. Il garantit le respect des exigences réglementaires, en les appliquant au neuf et à l’existant et définit aussi un nombre de points de recharge opérationnels et installés dans le bâtiment. Il prépare également l’intégration des services du bâtiment, axe majeur de la SBA. « Tous ces services devront être connectés et interopérables. Les badges d’accès au bâtiment et au parking doivent ainsi pouvoir servir pour la recharge électrique, par exemple, précise Claude Ricaud. La supervision de la borne est indispensable, afin de pouvoir mesurer les consommations d’énergie et proposer des services aux usagers. »

Plus le niveau de scoring est élevé, plus les services offerts sont riches. Ainsi, au niveau B, le pilotage intelligent est opérationnel ; au niveau A, la recharge permet d’exploiter et de vendre la capacité de stockage des batteries des véhicules ; au niveau maximal A+, l’infrastructure de recharge permet une charge bidirectionnelle ″Vehicle-to-grid″[1] ou ″Vehicle-to-Building″.

« Avec ce cadre de référence, notre ambition est de donner les moyens aux acteurs du bâtiment d’engager le déploiement des infrastructures nécessaires à la mobilité électrique, dans une démarche structurée, avec une architecture technique satisfaisant les exigences court et moyen terme et une mise en œuvre progressive, conclut Claude Ricaud. Nous collaborons actuellement avec Certivéa pour élaborer un label sur la base du cadre de référence que nous avons défini et pour le soumettre à l’épreuve du terrain sur des projets pilotes au cours de 2021. »

[1] V2G (Vehicle-to-grid) désigne un système où des véhicules électriques peuvent se recharger, mais aussi re-distribuer son énergie électrique dans le réseau.

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