Denis Thuriot, maire de la ville de Nevers et président de l’agglomération, déploie un projet de territoire intelligent sur le périmètre de sa collectivité. C’est dire s’il pense que la « 3è révolution urbaine ne doit pas concerner uniquement les grandes métropoles ». Illustration avec les programmes ambitieux, engagés et innovants portés par sa ville et son territoire.

Qu’est-ce que représente une 3E révolution urbaine selon vous ?

Denis Thuriot – La 3è révolution urbaine vise à conduire vers davantage de proximité entre les citoyens et les territoires. Elle consiste à favoriser l’action collective, ou plus précisément le ″agir ensemble″, qui est l’une des principales leçons de la crise sanitaire actuelle, tout en mettant en lumière les apports du numérique et des technologies, ″au service de…″. Dans cette optique, l’humain redevient un point central de la ville, qui se transforme pour lui permettre de s’épanouir – l’épanouissement devenant une priorité.
Au cœur de la démarche, le citoyen est partie prenante, initiateur et bénéficiaire de cet ″agir ensemble″ et des changements de paradigmes induits par la 3è révolution urbaine. On parle ici de réduire la consommation d’espace naturel, d’opter pour la juste solidarité et la juste mixité qui permettent à tous de vivre ensemble dans le confort. Le citoyen est au cœur de la re-création de proximités, pour permettre à tous d’accéder facilement aux services, de mobilité, de santé, d’éducation, de culture, de commerces…

Pourquoi a-t-elle un rôle à jouer au niveau des villes médianes ?

D.T – Cette 3è révolution urbaine, c’est aussi l’opportunité de réenchanter la ville et de rééquilibrer les rapports entre l’urbain et le rural. Elle est l’une des réponses face au sentiment d’abandon souvent exprimé par les habitants des territoires intermédiaires et ruraux. Le citoyen doit retrouver sa place en tant que membre d’une communauté, à l’échelle d’une ville comme d’un territoire plus vaste.
La 3è révolution urbaine peut ainsi représenter une aubaine pour les villes médianes, parce qu’elles sont assez agiles pour expérimenter, sur un périmètre restreint, l’hybridation de la société, liée aux apports du numérique. Il convient effectivement de remettre en cause les modèles statiques des architectes, des urbanistes, ou des élus, pour repenser l’espace urbain en intégrant la dimension numérique, qui nous challenge tous aujourd’hui.
C’est précisément la dynamique qui nous a guidés, lorsqu’avec la Ville de Shawinigan (Québec), nous avons créé le Sommet International de l’Innovation en Villes Médianes (SIIVIM). Cet événement annuel promeut une coopération entre villes des territoires médians, pour un meilleur équilibre et une meilleure coexistence avec les métropoles et les territoires ruraux. Ensemble, nous testons des solutions pour améliorer la vie quotidienne de nos concitoyens sur nos territoires.

Quels projets se déroulent à Nevers et dans son agglomération ?

D.T – Le développement du territoire intelligent de l’Agglomération de Nevers a, dès le début, placé l’humain au centre des réflexions. C’est une construction qui n’est ni orientée ni contrainte par la technologie : le territoire intelligent a vocation d’apporter un bénéfice d’usage et d’appropriation de l’espace urbain aux citoyens. C’est donc avant tout un territoire intelligible, c’est-à-dire lisible, facile à comprendre, efficace, intégré dans une démarche adaptative et inclusive. Parce qu’il fonctionne dans le cadre d’un process collectif, on peut dire que c’est aussi le territoire DES intelligences : un prérequis essentiel pour pouvoir ″piloter″ une hybridation du territoire choisie, et non subie par les citoyens.
Prenons l’exemple du programme du quartier du Banlay à Nevers, qui a démarré en 2019 pour s’achever en 2026. Ce chantier est le 3è plus grand projet d’intérêt régional en France. Il vise à transformer profondément le quartier, améliorer le cadre de vie et le confort des logements, renforcer l’offre de services et de commerces, faciliter la mobilité, etc. pour les habitants et usagers.

  • Le premier axe de travail concerne la mobilité. C’est un enjeu sur lequel nous avons une expérience, sachant que Nevers a été la première ville à accueillir une navette autonome pour transporter des usagers au milieu de la circulation et des piétons. Il s’agit de resserrer les liens avec le centre-ville, pour redonner le goût de vivre en ville et dynamiser le commerce dans les boutiques.
  • Le second axe est celui du logement, sur lequel nous travaillons avec la SBA, pour concevoir des logements connectés, facteurs de mixité sociale, afin de proposer des services pour toute la communauté.
  • Le troisième axe se concentre sur la construction d’un quartier véritablement durable, avec de l’agriculture urbaine, le traitement des eaux usées en local, le pilotage intelligent de l’éclairage public… Ce que nous pouvons faire à l’échelle du quartier, nous pouvons le transposer à l’échelle de la ville.

Quelle place trouve le numérique dans ces expérimentations ?

D.T – À l’échelle de l’agglomération, notre ambition est d’avoir un territoire connecté pour tous. Nous avons ainsi équipé Nevers de candélabres qui varient d’intensité, de caméras reliées à un centre de contrôle et d’un système de stationnement intelligent. Pour cela, il convient de travailler dans un contexte open data, pour mieux maîtriser et mutualiser les données numériques.
Nous sommes également en train de déployer l’ application ″Nevers Agglo dans ma poche″, qui pourra intégrer des briques provenant d’autres sources (pour le covoiturage par exemple), à condition qu’elles soient interopérables, avec une seule entrée. Ce développement s’effectue dans le respect de l’éthique. Nous sommes attachés aux libertés individuelles et au respect des données personnelles. Nous travaillons donc sur une ″charte pour une ville intelligente et éthique″. Nous tenons à apporter à nos concitoyens une culture du numérique, pour qu’ils décident en toute connaissance de cause et s’épanouissent dans la ville hybride. Ainsi à Nevers, nous enseignons, dès la maternelle, l’initiation au codage et à la programmation. Il ne faut plus que les technologies fassent peur et qu’on les utilise en pleine confiance. À cette condition, les élus et les décideurs pourront saisir les opportunités offertes par la 3è révolution urbaine !

[ Replay vidéo ]

Va-t-on vers un rééquilibrage métropoles, villes moyennes et zones urbaines ? La crise sanitaire a-t-elle engendré une accélération des mutations ? Quelles sont les ressources et les atouts des territoires pour développer leur attractivité ? Quel est le rôle de l’habitat et des services associés dans la dynamique de développement des territoires ?
 
Revivez en vidéo l’intervention de Denis Thuriot, Maire de Nevers et président de l’agglomération, lors de la plénière ” Réinvestir les territoires ” qui s’est tenue le 31/08/2021 au Havre dans le cadre du Smart Buildings & Territories Summit.
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