Pour Laurent Bouillot, Président de SIRADEL, « les 10 prochaines années vont conditionner les 100 prochaines années, face aux enjeux environnementaux, économiques et sociaux actuels. » Il pense aussi que le numérique jouera un rôle clé dans les transformations qui devront s’opérer dans les villes et les territoires. Et pour rendre intelligibles les données produites et les partager, un tiers de confiance sera indispensable : l’opérateur de services. Explications.     

Connaissez-vous Neom, le projet de ville écologique que l’Arabie Saoudite prévoit de faire sortir du désert en 2025 ? « C’est un projet particulièrement intéressant pour le futur, affirme Laurent Bouillot. Pas parce qu’elle fonctionnera à partir d’énergies renouvelables, qu’on y trouvera des fermes verticales ou que les transports se feront par des taxi-drones, mais parce qu’elle s’étendra tout en longueur sur 100 km et que, où que l’on soit dans la ville, on se retrouvera dans un semblant de village, un quartier, qui disposera de tous les services nécessaires pour vivre : santé, éducation, commerces, … C’est tout l’inverse d’une métropole avec son centre-ville et ses banlieues. »

Le bâtiment, un écosystème complet

Dans cette organisation du territoire, le bâtiment joue évidemment une fonction essentielle. Le bâtiment devient un écosystème complet, qui concentre un maximum de services. Il sera ainsi multi-usage, flexible, mixte. Le coworking et le coliving seront la norme. « Imaginons une copropriété, qui propose un espace partagé de télétravail au rez-de-chaussée, décrit Laurent Bouillot, puis un lieu de restauration ou une salle commune au premier étage. Ce type de bâtiment fait penser aux immeubles haussmanniens, où chaque étage avait une fonction : commerces au rez-de-chaussée, nobles au 2è étage, bourgeois aux 3è et 4è, foyers modestes au 5è, étudiants au 6è… Le Baron Haussmann avait ainsi créé la mixité que l’on a perdu ensuite. » Dans le futur, l’opérateur de services sera alors celui qui disposera de toutes les informations nécessaires, pour organiser et coordonner l’écosystème bâtimentaire au service des occupants pour leur permettre de mieux vivre et travailler.

Les infrastructures pour améliorer la qualité de vie dans la ville

Et dans la ville, les bâtiments ne seront pas les seuls systèmes à devenir multifonctionnels. Les infrastructures prendront la même voie. « Prenez l’éclairage public, un lampadaire. Non seulement il produit la lumière, mais en plus il peut servir de support pour une antenne wifi, de l’affichage, ou encore une caméra de surveillance. » La ville de demain doit être conçue avec une vision globale, pour apporter une meilleure qualité de vie aux habitants. Là aussi, cela ne se fera pas sans un opérateur smart city, chargé de la coordination des services et des infrastructures de la ville.

L’intérêt du jumeau numérique, qui devient un référentiel

Cet opérateur de services dans la ville pourra être doté d’outils, à l’instar d’une plateforme numérique. « Il conviendra de créer un référentiel commun, explique Laurent Bouillot, un double des bâtiments, de la ville et du territoire, en agrégeant et organisant les données des infrastructures et des bâtiments. Ce jumeau numérique permet d’anticiper les impacts de certaines actions, comme ceux du tracé d’une autoroute qui a des effets locaux, directs et indirects, immédiats et dans la durée. » Pour bien comprendre les bénéfices du jumeau numérique, prenons un exemple : SIRADEL en a déployé un pour Monaco, dans l’objectif de mieux coordonner les chantiers de construction et d’aménagements urbains, pour éviter que la ville ne soit congestionnée.

Les bénéfices apportés par l’opérateur des services : économies, qualité de vie…

Avec l’aide de ce jumeau numérique, l’opérateur de services apporte de nombreux bénéfices aux territoires, qui se mesurent d’abord de manière très objective par les économies énergétiques et financières réalisées. « C’est ce que le groupe ENGIE a mis en place pour la ville d’Angers, indique Laurent Bouillot. En rénovant et coordonnant le fonctionnement de neuf infrastructures (éclairage, eau, signalisation…) et les bâtiments publics, l’ambition est d’économiser 100 millions d’euros en 25 ans ! » Et ce n’est pas tout, puisqu’il est possible d’améliorer la qualité de vie des habitants avec le jumeau numérique et les informations que l’opérateur de services peut en retirer pour agir. « Le projet d’Angers rassemble différents partenaires, dont la mutuelle Groupe VYV, poursuit Laurent Bouillot. Dans ce cadre, avec les données à disposition, il est ainsi possible de tracer des trajets évitant les zones où des chantiers peuvent émettre des poussières et d’en informer des mutualistes souffrant d’asthme. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, démontrant tous les bénéfices des services apportés. »

Le rôle de la SBA sur les services de demain

Face à ce monde qui va être profondément transformé avec les apports du numérique et des services, Laurent Bouillot est convaincu que la SBA a un rôle à jouer. « L’avantage de mettre en place des outils comme le jumeau numérique n’est pas encore assez dans les usages et les esprits, regrette Laurent Bouillot. Mais cela peut évoluer rapidement grâce à des initiatives comme celles de la SBA, qui apporte une vision globale avec des actions locales, par ses adhérents. J’y crois beaucoup. »

Valorisation du patrimoine et attractivité du territoire : exploitation du jumeau numérique 3D de la Principauté de Monaco
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