LA RÉNOVATION NUMÉRIQUE – EPISODE 3

Ville bourguignonne de 33 000 habitants, Nevers est le chef-lieu de la Nièvre, connue notamment pour son célèbre circuit de Magny-Cours. La ville, que l’on surnomme la ″Cité des Ducs″, est aussi riche d’un patrimoine historique exceptionnel[1], entre sa cathédrale Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte du Moyen-Âge et son Palais ducal de la Renaissance. Mais Nevers n’en est pas moins tournée vers l’avenir, comme le confie Jérémie Nestel, directeur de l’Innovation et du territoire intelligent de Nevers Agglomération, qui réagit au nouveau plan France Relance. Interview.

Quel regard portez-vous sur le programme de soutien à l’économie nationale ?

Jérémie Nestel – Le plan France Relance va clairement dans le bon sens. C’est un plan mobilisateur, équilibré entre la compétitivité des entreprises, la nécessaire transition écologique et la cohésion entre les territoires. Il vise en particulier à réduire, d’ici 2030, nos émissions carbone de 40 % par rapport à 1990, et à diminuer le nombre de ″passoires thermiques″, qui représentent tout de même 17 % des bâtiments en France. Dans cette perspective, le plan consacre 6,7 milliards d’euros pour la rénovation des bâtiments, dont 4 milliards pour réhabiliter 15 millions de m² du parc public et 500 millions pour isoler 50 000 logements sociaux. C’est d’autant plus ambitieux que ce plan pourrait créer jusqu’à 55 000 emplois en 2 ans seulement. Il faudrait néanmoins que ce plan puisse s’inscrire dans la stratégie de transformation des villes.

Vous pensez donc que le plan France Relance doit préparer la ville de demain ?

J.N – En effet. Nous sommes à l’aube d’une transformation profonde des villes, à l’heure où la dynamique de métropolisation, à l’instar de celles de New-York, Santiago ou Hong-Kong, n’a plus lieu d’être. Les villes, et plus encore les villes moyennes comme Nevers, doivent adopter une stratégie qui leur permette de devenir durables, résilientes. Mais qu’est-ce qu’une ville résiliente ? C’est une ville qui est sobre en énergie et peu émettrice de gaz à effet de serre. Cela passe évidemment par la rénovation énergétique, comme le propose le plan France Relance, mais aussi par la capacité des bâtiments de produire de l’énergie et de la stocker. C’est aussi une ville qui gère efficacement ses réseaux d’eau, de chaleur, de gaz ou de mobilité. C’est enfin une ville qui apporte des services de proximité à ses concitoyens. Le plan France Relance doit intégrer cette vision.

Comment l’appliquez-vous à l’échelle de votre commune ?

J.N – Pour orchestrer le tout, la ville a besoin ″d’intelligence″. Pour faire les bons choix, nos équipes évaluent les technologies (Courant continu ou alternatif dans les bâtiments ? Comment assurer une interopérabilité pour faire parler ensemble les objets connectés ?…) et testent des solutions numériques à Nevers. Nos bâtiments deviennent des clusters, pour expérimenter diverses innovations durables. Nous travaillons par exemple avec l’Institut Supérieur de l’Automobile et du Transport pour développer des batteries de véhicules électriques, pouvant facilement alimenter un immeuble d’habitation. Nous avions déjà collaboré avec l’école pour concevoir une voiture autonome, dont elle a présenté le prototype au SIIViM (Sommet International de l’Innovation des Villes Médianes) l’année dernière. À l’échelle de Nevers, nous avons modernisé notre éclairage public, non seulement en passant à la technologie LED, peu consommatrice d’électricité, mais aussi en y associant des capteurs. Nous avons décidé d’utiliser ce maillage, pour réaliser un réseau digital sur la ville et apporter les services nécessaires qui améliorent la vie des Nivernais et des Nivernaises, tout en leur garantissant une meilleure sécurité. L’avenue Pierre Bérégovoy à Nevers est ainsi devenue un terrain d’expérimentation pour l’éclairage par détection et le stationnement connecté. Nos efforts pour connecter notre territoire a commencé à porter leurs fruits car de plus en plus d’entreprises s’installent dans notre agglomération. Nous ambitionnons également d’expérimenter la 5G à Nevers, pour ses atouts de rapidité, d’instantanéité de réaction (essentiel pour le véhicule autonome et les dispositifs numériques médicaux), de connectivité massive, d’économie et d’écologie. Nous voulons donc être capables de mesurer concrètement les points forts et les points faibles de cette technologie. Nous recherchons un opérateur prêt à nous accompagner dans cette expérimentation.

À vous lire, Nevers a déjà largement amorcé sa transformation. Comment le plan gouvernemental pourrait-il soutenir cette évolution ?

JN – France Relance vient d’être lancé. Laissons-nous le temps d’en apprécier les résultats. Mais on peut déjà imaginer que les économies d’énergie réalisées grâce à l’isolation des ″passoires thermiques″ pourront être réinvesties et servir à financer la modernisation de la ville. C’est un premier bénéfice. Quoiqu’il en soit, je suis convaincu qu’il ne faut pas appréhender la rénovation énergétique seule, mais en concertation avec les parties prenantes des bâtiments et de la ville. Il convient notamment d’inclure les compteurs électriques communicants Linky déployés ces dernières années ou les réseaux de chaleur urbains, dans les réflexions sur l’efficacité énergétique des bâtiments. Il n’y aura pas de rénovation énergétique performante, en effet, si les données sont traitées isolément. La ville est un écosystème complexe, et ses acteurs doivent mutualiser leurs efforts pour avancer ensemble. Nous devons passer d’une logique de silos à une logique de réseaux, et remettre l’habitant au cœur de la démarche. Nous n’y sommes pas encore tout à fait à Nevers, où les activités (gestion de l’eau, de l’éclairage, des fluides, des déchets, de la sécurité…) sont généralement prises isolément. Mais nous y travaillons. Nous participons depuis des années au programme européen URBACT, dont la mission est de permettre aux villes d’Europe de développer une stratégie collective et des solutions intégrées en réseaux, pour faire face aux défis urbains de la transition numérique. Dans le même esprit, Nevers s’est associée en 2016 à la ville québécoise de Shawinigan, pour créer un événement, le Sommet International de l’Innovation des Villes Médianes (SIIViM). Notre objectif est de favoriser la coopération entre des villes médianes du monde entier pour imaginer leur propre concept de smart city et partager des innovations adaptées à leurs problématiques. Les solutions soutenues par le plan France Relance pourraient en faire partie. À nous de les expérimenter dans le cadre d’une stratégie collective à Nevers !

[1] Nevers est classée parmi les Zones de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager (ZPPAUP)

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