Pour répondre aux attentes et aux nouveaux besoins en matière d’usages, de confort, mais aussi de suivi de performance énergétique, l’opérateur de services doit savoir proposer des briques logicielles adaptées. « On l’a bien vu avec la Covid, il a fallu revoir le schéma de connectivité pour que les gens puissent travailler chez eux, » explique Jacques Guigui, Directeur Technologie & Innovation chez CBRE. Cependant, cette approche doit s’inscrire dans une démarche globale. Jacques Guigui nous donne quelques conseils.

Prendre le train en marche d’un projet ″smart″ devient en effet très compliqué pour l’opérateur de services digitaux. En fait, il doit se positionner dès la conception, aviser les promoteurs, cibler les BEFA (bail en futur état d’achèvement) pour indiquer que le Building Operating System – cher à la Smart Buildings Alliance – sera au cœur du projet. Le Property Management et le Facility Management prendront la suite. On ne parle plus de programmes d’été ou d’hiver : les solutions doivent prendre en compte la météo et les opérateurs imaginer des programmes sur mesure pour que le bâtiment soit confortable et peu énergivore. « Mais attention, alerte Jacques Guigui, viser une certification sans l’avoir anticipée à l’étape du projet n’a pas de sens. Surtout si les prérequis structurants ont été négligés comme par exemple les adductions en voirie permettant la connectivité du bâtiment aux datacenters ».

Une parfaite connaissance des normes

La construction d’un bâtiment intelligent en vue de location se réfère à de nouveaux labels, certifications ou référentiels : WiredScore (connectivité), R2S (services), HQE (qualité environnementale) ou encore BIM4V (continuité de services). La parfaite connaissance de ces labels est un gage à mettre en avant auprès des clients. Leurs besoins ne sont pas uniformes : certains rechercheront un label environnemental, d’autres la connectivité, etc. Les équipes de l’opérateur de services doivent les connaître parfaitement, savoir comment sont calculés les scores, les atteintes d’objectifs, et à qui adresser les demandes d’un client au bon interlocuteur interne

L’AMO digital : un nouveau métier à part entière

En effet la connaissance digitale induit un ROI d’entrée de jeu pour le promoteur. Par exemple, un besoin qualifié au bon moment permet d’acheter la bonne solution de GTB. Cependant, il est primordial de convier toutes les parties prenantes au lancement du projet digital. Cela englobe les concepteurs, les utilisateurs, les facility et property managers – s’ils ont été identifiés – afin de valider les choix de solutions. « Mettre autour d’une table des gens qui se côtoient rarement, c’est déjà une victoire ! Le bâtiment est constitué de beaucoup de silos qu’il faut disrupter. Certains lots techniques sont encore trop éparpillés. Par exemple, intégrer le lot ″Mobilier″ au projet digital permet d’unifier les technologies des systèmes de lectures de badges (casier, impression, machine à café, bornes d’entrées…) et de réaliser des économies d’échelle » estime Jacques Guigui. L’opérateur de services se positionne alors comme un ″facilitateur transverse″ en unifiant les différents jargons métiers (IT, environnement de travail, …) autour d’un langage commun et de besoins clairement identifiés. L’AMO digital va devenir indispensable dans les futurs projets de bâtiments.

La formation pour embarquer les forces vives de l’opérateur de services

Le digital permet de formaliser des processus et de les partager avec un maximum de personnes. C’est le lien entre le physique – le bâtiment, la technologie, les équipements – et l‘humain, qui apporte son intelligence. Par ailleurs, il permet d’impliquer des talents digitaux à fidéliser en leur donnant la possibilité d’évoluer. La formation devient alors cruciale dans la déclinaison de l’offre, notamment au niveau de la force commerciale qui va proposer des services respectant les tendances actuelles. Par exemple, concevoir une salle de réunion hybride alliant simultanément présentiel et distanciel.

Le constat que fait Jacques Guigui suite au déploiement européen de l’offre Digital Building Solutions de CBRE est qu’une majorité des utilisateurs prévoient d’augmenter leurs investissements dans les technologies de l’immobilier. « On ne va pas bouleverser toutes les équipes, mais proposer des évolutions professionnelles en puisant dans les forces vives de l’entreprise : les forces digitales ont été identifiées en interne (audit de bâtiment, IT, gestion de projet, …). Je consacre près de 20 % de mon temps à la formation. Après un premier projet pilote en accompagnement, ces équipes peuvent devenir autonomes. Puiser dans les forces vives est plus simple, moins long, moins coûteux et bien plus valorisant à une époque où conserver les talents est un véritable atout. Cette dynamique nous permet de garder le leadership et l’anticipation, ingrédients indispensables de l’innovation ».

 

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