Difficile aujourd’hui de dissocier la Smart City de la Safe City. Comment imaginer une ville intelligente qui ne soit pas sûre ? Pour les collectivités, la question est donc posée : comment construire un territoire de confiance et de sécurité ? La SBA vient de publier un document pour apporter quelques éléments de réponse. Florian Mercier, Responsable Développement Smart & Safe City chez Spie City Networks, Président de la Commission Safe City à la SBA, et Conseiller Municipal à Toussieu (69), nous présente en détail cet ouvrage. Interview.

 

Qu’est ce qui vous a amené à produire un guide pour sensibiliser les collectivités à la prise en compte de la sécurité dans la smart city ?

Florian Mercier – À la seconde marche de la pyramide des besoins de Maslow se trouve le besoin de sécurité, juste après les besoins physiologiques (respiration, faim, soif, sommeil…). En clair, cela signifie que nous souhaitons tous garantir à nos proches et à nous-même la possibilité de vivre en toute sécurité. Cela implique, de fait, de pouvoir se sentir en confiance et en sécurité dans sa ville. En la matière, les collectivités, de la plus petite commune à la grande métropole, ont un rôle majeur à jouer. Le maire en particulier, est l’organisateur de la politique de sécurité dans sa ville. À ce titre, il doit mettre en œuvre les moyens pour garantir à ses concitoyens toute la sécurité nécessaire, en partenariat avec différentes parties prenantes. Lors de nos échanges en commission pour définir le concept de Safe City, il nous est apparu que trop rarement l’approche Smart City d’une collectivité intègre une dimension “Safe” clairement affichée et identifiée comme telle. Ce sont pourtant deux concepts indissociables.

Ce constat est à l’origine de notre volonté de rédiger le Thema “Construire un territoire de confiance et de sécurité”. Pour le réaliser, nous avons mobilisé des acteurs concernés par cette thématique, qu’ils soient publics (la gendarmerie nationale, évidemment, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information ANSSI, et des élus locaux, comme moi-même) ou privés (l’Association Nationale de Vidéoprotection AN2V, l’Alliance Nationale des Intégrateurs de TEChnologies connectées, sécurisées et pilotées ANITEC). Nous avons également mis à contribution les adhérents de la SBA, ainsi que les membres de l’association partenaire AN2V, pour qu’ils apportent leurs éclairages sur les besoins de sécurité spécifiques des smart buildings et de la smart city. La Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) est même venue s’exprimer sur ses problématiques. Durant un an et demi, nous avons concentré nos travaux selon une approche citoyenne et d’analyse des risques, dans un objectif d’exhaustivité.

 

À l’heure où vous diffusez cet ouvrage, pouvez-vous nous en dire plus sur les clés pour construire un territoire de confiance et de sécurité ?

Florian Mercier – Chaque collectivité territoriale va adapter les politiques publiques de sécurité en fonction de ses spécificités géographiques, économiques et sociologiques, pour rechercher les solutions les plus performantes. Nous avons ainsi identifié plusieurs pistes de réflexion. Parmi elles, le sujet de la gouvernance est prioritaire et doit être appréhendé avec tout l’intérêt qu’il mérite. Autre piste : le désilotage des organisations internes. Il faut arrêter de traiter les projets en silos, par métier, et travailler la transversalité des systèmes numériques et des organisations. Les différentes directions techniques pourraient ainsi mieux se connaître, mieux communiquer et mieux comprendre les besoins et les priorités de chacune. La mutualisation des projets en intercommunalité, avec par exemple des systèmes opérationnels gérés par un centre de pilotage et de gouvernance centralisé, est aussi une piste à considérer. Pour les collectivités, cela signifie plus d’efficacité et des économies potentielles. Grâce au principe du retour sur investissement, ces économies permettront de financer d’autres dispositifs plus performants.

Nous avons également proposé un concept méthodologique, consistant à appréhender l’acte de malveillance en trois phases – AVANT, PENDANT et APRÈS -, pour mieux identifier les risques et déterminer les actions à mettre en œuvre. La première, “l’avant”, survient avant un acte de malveillance. C’est le temps long de la dissuasion, où la collectivité va déployer un maximum de dispositifs et de solutions pour prévenir le passage à l’acte. La deuxième phase, “le pendant”, est au contraire très brève. Saviez-vous par exemple qu’en moyenne un cambriolage dure moins de 3 minutes ? Cette étape nécessite la mise en place d’organisations et de dispositifs extrêmement réactifs et adaptés, car chaque seconde compte ! Enfin la troisième phase, “l’après”, est le temps de l’enquête par les forces de l’ordre. Un temps élastique, selon le cas de figure. Parfois il faut aller très vite. J’en prends pour exemple le traitement par les forces de l’ordre des images vidéo enregistrées lors de l’attentat de la rue Victor Hugo à Lyon en mai 2019. La qualité des dispositifs installés et l’efficacité des opérateurs ont été autant d’éléments clés du succès de l’interpellation du suspect.

À cela peuvent venir s’ajouter des dispositifs de traitement par intelligence artificielle, pour retrouver une personne dans une foule ou pour la suivre de caméra en caméra : on mesure ainsi tout le potentiel offert aux collectivités pour gagner en efficacité dans les traitements de cette troisième phase. Cette approche temporelle autour de l’acte de malveillance est essentielle car elle met en exergue la nécessité de procéder à des analyses des besoins et des risques en amont, pour mieux comprendre les enjeux du territoire et ainsi construire une politique de sécurité avec des dispositifs adaptés.

 

Quels sont les principaux enseignements que vous tirez de la rédaction de cet ouvrage ?

Florian Mercier – Comme je l’ai dit, l’élu joue un rôle majeur dans la mise en place de la Safe City. Mais il n’est pas seul face à cette problématique. Le premier grand enseignement est donc qu’il faut pouvoir favoriser l’adhésion de tous : les services de l’état (forces de l’ordre, sécurité civile, santé), les collectivités territoriales (maire, police municipale, pompiers…), la filière sécurité (téléopérateur, entreprise de sécurité, industriel, intégrateur), mais aussi les acteurs économiques (un magasin, par exemple, devra assurer la sécurité de ses clients dans ses locaux) et, aussi… l’usager des territoires (habitant, touriste, voyageur…) ! Le citoyen est en droit de se positionner en “receveur” de services de sécurité. Mais au-delà de ses droits, il a des devoirs. De ce fait, il doit également se positionner en “acteur”, et s’inscrire lui aussi dans la chaîne de valeur de la Sécurité. Il peut être une source d’information active. Par exemple, certaines mairies ont signé une convention de « Participation Citoyenne » avec la gendarmerie nationale pour former des référents parmi ses habitants, qui seront capables de reconnaître et remonter des signaux faibles de risques. On parle ici par exemple du signalement d’une camionnette qui circule lentement dans un quartier : s’agit-il d’un cambrioleur en repérage ou d’un livreur perdu ? Ce signalement par un référent auprès de la gendarmerie nationale sera primordial si un délit survient dans le voisinage.

Nous avons également mis en évidence toute l’importance de la protection des systèmes d’information numériques face au risque de cyberattaques. La sécurité informatique constitue une réelle faiblesse pour les villes. Le blocage des systèmes informatiques avec demande de rançon (ransomware) de la ville de Baltimore, la tentative de cyberattaque du réseau de transport en commun de San Francisco, ou encore le piratage récent par déni de services administratifs (DDoS) sur le site internet d’une ville en France, illustrent parfaitement ces risques. Dans ce contexte, une smart city sera-t-elle vraiment intelligente si ses solutions numériques sont de véritables portes ouvertes à la cybercriminalité ?

Sur cette thématique, nous avons particulièrement apprécié la contribution de l’expert national de la cybercriminalité et de la protection des systèmes informatiques ANSSI, qui nous a prodigué de précieux conseils à découvrir dans notre Thema “Construire un territoire de confiance et de sécurité”. Vous y trouverez de nombreuses autres informations.

Bonne lecture !

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