LA RÉNOVATION NUMÉRIQUE – EPISODE 2

Avec le plan France Relance, la rénovation énergétique du bâtiment rejoint le devant de la scène. C’est une bonne nouvelle, pour Jean-Christophe Visier, directeur de la Prospective au CSTB[1] et chargé de Prospective sur le bâtiment à l’ADEME[2], qui livre ici son point de vue sur les différentes facettes d’une rénovation réussie. Interview.

En quoi est-ce si important d’afficher au premier plan la rénovation énergétique du bâtiment ?

Jean-Christophe Visier – La rénovation énergétique des bâtiments existants permet de gagner sur plusieurs tableaux. Elle permet de lutter contre le changement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre des bâtiments qui représentent le quart des émissions françaises, elle améliore la qualité de vie et elle crée des emplois locaux. C’est la raison pour laquelle le gouvernement a remis le sujet de la rénovation énergétique sur la table avec le plan France Relance. On pourrait ainsi rattraper le retard accumulé depuis 2017 vis-à-vis de l’objectif national de 500 000 logements rénovés par an annoncé par Nicolas Hulot. En 2020, l’efficacité énergétique (re)devient ainsi une priorité, dont on peut espérer des effets sur l’environnement, l’emploi et la qualité de vie des Français.

Pour vous, quels sont les ingrédients d’une rénovation de bâtiment réussie ?

J-C.V – L’efficacité énergétique des bâtiments ne concerne pas uniquement le sujet du bâti. Elle présente trois composantes qui s’additionnent et se complètent. Outre la qualité de l’isolation et de l’étanchéité des habitations, je pense évidemment à la performance des systèmes de chauffage, de production d’eau chaude sanitaire, d’éclairage, ou de tout autre système actif… Et ce n’est pas tout, car l’efficacité énergétique s’obtient également avec des dispositifs de pilotage adaptés aux usages et aux utilisateurs. Selon moi, une rénovation intelligente d’un bâtiment touche à la fois le bâti, les systèmes actifs et le numérique. Il convient donc que les filières professionnelles travaillent de concert. Les constructeurs, les électriciens et les intégrateurs systèmes doivent jouer la partition ensemble, comme le feraient les instruments à bois, les cuivres et les cordes dans un orchestre pour que le tout soit harmonieux. Tout est une question d’équilibre. Un équilibre, qui varie selon que l’on considère une passoire thermique ou un immeuble bien isolé mais peu occupé. Dans le premier cas, on doit actionner les trois sujets de manière équilibrée, ce qui peut demander d’importants investissements. Dans le second cas, le numérique va permettre de gérer les différents états du bâtiment (occupé à 100 %, à 50 %, pas du tout). Quoi qu’il en soit, dans toutes les situations, l’objectif sera de viser le budget optimum d’investissement et d’exploitation.

L’efficacité énergétique est-elle suffisante pour réduire les consommations d’énergie du bâtiment ?

J-C.V – Le plan France Relance s’est intéressé à l’efficacité énergétique exclusivement. Or, au premier trimestre 2020, nous avons produit un travail collectif d’exploration dans le cadre de la démarche « Imaginons ensemble les bâtiments de demain », qui a notamment mis en évidence que la sobriété énergétique promettait d’être encore plus performante dans le bâtiment. Qu’est-ce que la sobriété énergétique ? Reprenons l’exemple de l’immeuble de bureaux bien isolé mais rarement occupé. La sobriété permet de partager des bureaux entre plusieurs entreprises à la suite, pour les occuper en continu. Cette solution de partage est plus astucieuse que de construire de nouveaux bureaux. Ici, le numérique a une part à jouer importante, pour adapter le bâtiment aux usages successifs des entreprises, de couper le chauffage et l’éclairage, ou de les déclencher, en fonction de l’occupation et des besoins. Le numérique permet ainsi de densifier les bâtiments, pour une utilisation maximale des espaces. C’est possible dans les bâtiments tertiaires, mais aussi dans les immeubles d’habitation. Certains Offices HLM, par exemple, ont mis en place une plateforme d’échange d’appartements, afin d’en optimiser l’occupation et de mieux loger les habitants. Revenons au plan France Relance : s’il favorisait les solutions de sobriété énergétique, il pourrait les appliquer aux bâtiments publics et de l’État, concernés par les premiers appels à projets du plan. Prenons un exemple, celui d’un restaurant universitaire qui pourrait être repensé pour que des associations l’utilisent à d’autres fins en dehors des repas, notamment. Les gains écologiques seraient importants et la carte à jouer pour le numérique essentielle. Mais attention à ne pas se tromper. Cette évolution ne pourra se faire que dans le cadre d’un numérique responsable : ni trop (du numérique partout et pour tout), ni trop peu. La solution est une nouvelle fois dans l’équilibre. Je n’ai aucun doute sur le fait qu’un numérique responsable a sa place dans le bâtiment du futur : un numérique pertinent, qui prend en compte l’isolation existante, les systèmes actifs en place et les nouveaux usages, comme le télétravail ou le vieillissement de la population. Les rénovations lourdes sont effectuées pour des dizaines d’années. Autant faire en sorte qu’elles soient pensées en considérant dès à présent les avenirs possibles et les besoins sur tout le cycle du bâtiment !

 

[1] Centre Scientifique et Technique du Bâtiment
[2] Agence de la transition écologique

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