LA RÉNOVATION NUMÉRIQUE – EPISODE 7

« Dis-moi et j’oublie. Montre-moi et je me souviens. Implique-moi et je comprends. » La filière de la rénovation énergétique aurait tout à gagner en appliquant à la lettre ce proverbe chinois et en impliquant les occupants des bâtiments. Explications par Xavier Dalloz, consultant depuis 25 ans sur l’utilisation des nouvelles technologies dans les entreprises et ambassadeur du CES (Consumer Electronic Show) en France.

 

Pourquoi la rénovation thermique a-t-elle pris tant de retard alors qu’elle fait partie des chantiers prioritaires depuis des années ? 

Xavier Dalloz – Depuis longtemps, les plans de rénovation thermique se succèdent, sans jamais atteindre leurs objectifs. La réduction des dépenses thermiques constitue pourtant un besoin impérieux, à l’heure du changement climatique et face aux 43 % des consommations d’énergie en France par le bâtiment. Déjà, la loi sur la transition énergétique de 2015 avait planifié 500 000 rénovations par an à partir de 2017, ambitionnant de faire passer le parc immobilier aux normes BBC dès 2050.  Plus tôt, au début des années 2010, le Grenelle de l’environnement prévoyait 400 000 réhabilitations lourdes par an. Encore avant, il y a 15 ans, on préconisait de calfeutrer les appartements pour faire des économies d’énergie.

Le sujet de la rénovation du bâti est donc d’actualité depuis le début du 21e siècle, mais 20 ans après, la dynamique ne prend toujours pas. Je ne suis même pas certain que le plan France Relance et ses quelques 7 milliards d’euros pour la rénovation thermique changeront la donne. En revanche, je suis persuadé qu’il faut faire autrement, qu’il faut arrêter de rénover petit à petit, équipement par équipement, pour privilégier une rénovation globale en une seule fois. Car les économies en changeant les fenêtres, puis la chaudière l’année d’après, et à titre individuel sont trop faibles, dans un pays où l’énergie n’est pas chère.

 

Quelle serait selon vous la solution pour accélérer la rénovation du parc immobilier en France ?

XD – Comme je viens de le dire, les citoyens ne rénovent pas assez, même avec des incitations financières. Pour gagner plus en faisant des travaux, il ne faut pas se contenter d’isoler les murs, d’ajouter du triple vitrage ou de changer sa chaudière. Pour être capable de baisser plus intensément et plus durablement ses consommations, il faut pouvoir les mesurer, via le numérique, la généralisation de l’installation de compteurs et l’utilisation de tableaux de bord. 

La SBA a bien raison de dire, à travers la voix de son Président Emmanuel François, qu’il est indispensable d’associer rénovation thermique et aménagement numérique. Les citoyens verront ainsi clairement l’usage de leurs équipements et pourront éviter les gaspillages.

L’objectif dans les bâtiments est ainsi de faire baisser la TCO (Total Cost of Ownership ou coût total de possession) des équipements et d’augmenter leur TVU (Total Value of Usership ou valeur totale de l’usage) grâce aux innovations digitales. Mais là encore, on se heurte à un frein. Peu nombreux sont les citoyens qui accepteront d’investir pour un hypothétique bénéfice, car la valeur de l’usage est une notion mal perçue et peu acceptée.

Pour bien faire comprendre la valeur ajoutée du numérique, il faut être astucieux et appliquer la même stratégie qu’un célèbre fournisseur de café haut de gamme. Pour vendre ses dosettes, il a proposé à ses clients sa cafetière à un euro, qui ont ainsi pu apprécier le goût de ses produits qu’ils paient au prix fort. Il y a ici un transfert de valeur : la valeur est dans la capsule, pas dans la machine à café. Selon le même principe, pour que les occupants des bâtiments apprécient les bénéfices des services digitaux, proposons-leur le chauffage (ou la ventilation) à un euro, à condition d’équiper leur habitat de numérique. Ils accepteront ainsi plus facilement d’investir, même si à l’origine, ils estimaient qu’ils n’avaient pas besoin d’objets connectés. Ils s’impliqueront dans la démarche et comprendront de cette manière tous ses bénéfices. Un peu comme dans un supermarché, où vous vouliez acheter uniquement des blinis et que vous voyez à côté du saumon en promotion. Vous achetez des blinis et du saumon. Et s’il y a de la crème et des citrons à côté, vous les achetez aussi, alors que ce n’était pas votre intention à l’origine. C’est ce que j’appelle la théorie du blini appliquée au bâtiment !

 

Pensez-vous que cette stratégie fonctionne à tous les coups ?

XD – Elle a évidemment ses limites (tout le monde n’achète pas ses capsules de café en boutique !), et c’est pour cela que je propose de pousser la réflexion encore plus loin pour une rénovation énergétique plus efficace. Revenons à la stratégie de départ : pour faire plus d’économies d’énergie rapidement et durablement, il convient d’investir au-delà de l’isolation, dans des technologies numériques, qui permettent de suivre les consommations, de piloter les équipements et d’apporter de nouveaux services, mais aussi – pourquoi pas ? – dans la production d’énergie renouvelable et le stockage.

Mais, comme nous l’avons déjà dit, tout cela coûte cher, avec l’éventualité de perdre son investissement sans bénéfice. Pour limiter le risque, on peut le partager, en devenant actionnaire d’un système de gestion de l’énergie géré par la blockchain. On raisonne ici en apport de valeur (pas en euros). Les économies et l’absence de gaspillage rapportent des tokens et bénéficient au bien commun du plus grand nombre. Ce nouveau modèle exige une décentralisation de l’économie, qui permet à chacun de rester propriétaire de ses données. C’est le contraire de la ville Google à Toronto, qui voulait récupérer les données des habitants à des fins publicitaires. De cette manière, les citoyens s’impliquent dans leur portefeuille de valeurs, c’est-à-dire dans leur Domicile Numérique Sécurisé (DNS). Voilà tout l’intérêt de ce modèle économique qui met l’humain au cœur du mécanisme. C’est à cette condition que la rénovation économique des bâtiments fonctionnera ! J’en suis convaincu.

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