L’évolution du travail – Episode 8

Le monde du travail change. Profondément. L’emploi non salarié augmente, rassemblant déjà 20 % des actifs. Les collaborateurs sont de plus en plus nomades. Et les Français ont pris l’habitude du télétravail durant le confinement. Une étude CSA pour Malakoff Humanis récente révèle que 84 % des salariés souhaiteraient continuer le télétravail à l’avenir. Réaction éphémère ou tendance de fond ? Dans ces conditions, les lieux de travail doivent eux aussi s’adapter. Christian Grellier, Directeur Innovation du promoteur Bouygues Immobilier et coauteur de l’ouvrage « Construction 4.0 », décrit les nouvelles tendances en matière d’espaces de travail.

Pouvez-vous décrire le bureau idéal des travailleurs français aujourd’hui ?

Christian Grellier – Aujourd’hui déjà, il n’y a pas un seul lieu de travail, mais au moins trois environnements bien distincts : le télétravail, les espaces de coworking et les sièges d’entreprise. Commençons par le télétravail, dont la pratique a explosé, contrainte et forcée durant la crise sanitaire qui nous a frappé. En 2 mois de confinement, nous avons pris 10 ans d’avance dans la désinhibition face au digital ! Dans le contexte post-Covid, certaines entreprises, comme Facebook, Twitter et même PSA, se sont positionnées en faveur du télétravail et ont décidé de faire de la présence au bureau l’exception dans le futur. Je ne crois pourtant pas que le télétravail soit l’avenir de l’emploi et qu’il y aurait un « syndrome du pangolin » qui aurait, en quelques semaines en mode survie, transformé totalement nos comportements professionnels. Le fait de moins nous voir pendant le confinement a, au contraire, nourri notre ferveur du collectif. Le bureau restera le lieu social de l’entreprise :  les collaborateurs y viendront pour rencontrer leurs collègues, travailler sur des projets collectifs, cultiver l’appartenance à l’entreprise. Le télétravail sera une extension du bureau, choisie par des équipes pour des besoins particuliers. Le modèle de l’avenir est sans doute un modèle hybride, qui ne sera ni 100 % bureau, ni 100 % télétravail. De surcroît, les logements ne sont pas vraiment conçus pour faire du télétravail. La consultation lancée par l’Idheal (Institut des hautes études dans le logement) au lendemain du confinement le confirme. Pour télétravailler, les personnes disposant d’un vrai « espace bureau » étaient peu nombreuses. Elles se sont « bricolé » un ou deux mètres carrés dédiés dans le salon, dans une chambre ou sur un coin de table un tant soit peu lumineux. L’enquête de l’Idheal a donc mis en avant un besoin de mètres carrés supplémentaires des télétravailleurs. Pour répondre à cette attente, pourquoi ne pas imaginer des extensions sous forme d’espaces partagés dans les immeubles de logements, un coworking au niveau de la résidence, dont chaque habitant aurait l’usage sans en avoir la propriété. D’ailleurs, Bouygues Immobilier propose déjà, dans ses nouvelles résidences, des espaces partagés, destinés, selon le choix de la copropriété, au télétravail, à des chambres d’hôtes, à une salle de jeux ou de réunion… Nous en proposons déjà des dizaines en Ile-de-France, à Lille, Bordeaux ou Lyon. Ces espaces partagés sont souvent cocréés avec nos clients, dès la réservation de leur appartement.

A côté des espaces partagés dans les bâtiments résidentiels, pensez-vous que le déploiement des espaces de coworking va se poursuivre ?

CG – Saviez-vous qu’en 2019, 200 000 m² d’espaces de coworking avaient été créés rien qu’à Paris ? Les clients de ces espaces sont de trois catégories : les startups, qui ont un grand besoin de flexibilité pour s’adapter au rythme de leur développement, les consultants indépendants, qui recherchent aussi des espaces pour accueillir leurs clients et accélérer leurs opportunités business, et les grandes entreprises, pour y loger ponctuellement des équipes projets. Il convient donc de créer des espaces de coworking d’un nouveau genre, très flexibles, avec un service tout compris, ouvert 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, à tarif optimisé, et permettant de « fertiliser » les savoir-faire complémentaires des startups, des consultants et des équipes de grandes entreprises. De la diversité des occupants naît la richesse du lieu pour leur business respectif. Cette sérendipité est stimulée par des moments de convivialité, des événements autour d’intérêts business et un réseau communautaire dédié. C’est ce que Bouygues Immobilier propose avec son concept Wojo. Nous nous sommes associés avec le groupe Accor pour apporter la meilleure hospitalité, une « workspitalité », au meilleur coût à nos clients. Mieux : pour que Wojo soit accessible partout, nous avons déployé des Wojo Spots dans les hôtels du groupe Accor. Ainsi, avec un abonnement Wojo unique, un réseau très dense s’ouvre aux membres, partout en France. Lors des grèves des transports fin 2019, par exemple, Wojo et la RATP s’étaient associés pour offrir un mois de coworking gratuit aux Parisiens dans ces différents Wojo Spots, à moins de 10 min de leur domicile !

On peut dire que c’est la fin des grands immeubles de bureaux et des sièges sociaux d’entreprise ?

CG – Pas du tout ! Par contre, les sièges sociaux statutaires, véritables forteresses refermées sur elles-mêmes, sont amenés à évoluer. Aménagés avec des open spaces impersonnels, ils ne correspondent plus aux usages évolutifs des entreprises. Résultat : ils sont en permanence à moitié vides en raison des congés, des visites en clientèle et du télétravail, avec des salles de réunion uniformes sans cesse occupées. Nous avons donc réfléchi à des immeubles de bureaux plus flexibles et plus proches des usages, modulaires et facilement ré-organisables, où les étages et les espaces sont adaptés aux différents métiers de l’entreprise. Cette flexibilité présente en plus l’avantage de faciliter la mise en place de la distanciation physique indispensable à des situations sanitaires, comme celle qui vient de s’imposer à nous. Le siège social doit également incarner les valeurs de l’entreprise : c’est la « maison de famille » où l’on a plaisir à se retrouver pour travailler ensemble et où l’on est fier d’accueillir nos partenaires. C’est un véritable manifeste de l’entreprise. C’est un bâtiment accueillant, qui donne envie aux collaborateurs d’y venir, mais également bon pour la planète, en mêlant efficience énergétique, bas carbone, et biodiversité positive. Nous avons appliqué cette nouvelle approche dédiée aux immeubles tertiaires à Galeo, notre propre siège à Issy-les-Moulineaux. Ce qui fait aussi la différence sur ces nouveaux immeubles de bureaux, c’est la garantie sur le bon usage des bâtiments et des postes de travail, avec un engagement de résultats. Grâce à notre filiale Aveltys, que nous avons créée avec Schneider Electric et qui est spécialisée dans la garantie de charges des immeubles tertiaires, nous nous engageons auprès des entreprises sur un niveau garanti de service, de confort et de qualité de vie au travail, avec un engagement sur le coût complet sur la durée. Enfin, pour réduire les coûts de ressources sous-utilisées (parking, auditorium, restaurant d’entreprise), nous proposons de mutualiser ces services avec le voisinage. Pour que ces bâtiments aient un impact positif sur le quartier, nous proposons d’ouvrir aux riverains les services apportés par le bâtiment, comme la restauration, les services de conciergerie et le fitness par exemple. Il s’agit aussi de faire cohabiter différentes activités au sein du bâtiment et de varier les usages au fil de la journée. Cela permet aussi d’équilibrer plus facilement les modèles économiques de ces activités sur des clientèles complémentaires.

Mais pour concevoir ces sièges sociaux nouvelle génération, avec garantie de performance, comme je viens de les décrire, nous devons faire évoluer les modes constructifs et décloisonner les métiers du bâtiment. C’est tout l’intérêt apporté par les technologies numériques, comme le BIM, les objets connectés et l’intelligence artificielle par exemple. C’est aussi la vision que défend la SBA au bénéfice des entreprises et de la ville.

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