LA RÉNOVATION NUMÉRIQUE – EPISODE 8

Le plan France Relance incite à instrumenter les bâtiments pour mieux suivre les consommations d’énergie et c’est une bonne nouvelle. Mais est-ce suffisant pour garantir une efficacité énergétique des bâtiments après rénovation ? Christian Rozier, Président de la commission sur laRénovation énergétique et numérique de la SBA prend la parole.  

 

Quel est le point de vue de la SBA sur la rénovation thermique poussée par le plan France Relance ? 

Christian Rozier – Le gros coup de pouce du plan France Relance pour éradiquer les bâtiments passoires énergétiques en France est louable. Et la commission sur la rénovation énergétique et numérique est même plutôt satisfaite de constater que ce plan encourage l’instrumentation des bâtiments, avec des moyens de comptage et de suivi des consommations énergétiques.

Néanmoins, l’installation de capteurs et de compteurs ne suffit pas, s’ils ne sont pas intégrés dans une politique plus globale de déploiement d’infrastructure numérique ouverte et évolutive, garantissant l’indépendance de technologies propriétaires. Il conviendrait d’être plus ambitieux, parler clairement le numérique, de data ouvertes. Dans cette perspective, la commission a lancé une réflexion pour enrichir ces stratégies de rénovation avec le numérique.

Comment le numérique peut-il enrichir les stratégies de rénovation ? 

CR – Tout d’abord je tiens à insister sur le fait que l’aménagement numérique des bâtiments existants ne s’oppose pas aux opérations de rénovation thermique. Bien au contraire. Il les complète.

Partons des trois grandes catégories de bâtiments existants : ceux qui ont été rénovés, ceux qui vont l’être dans le cadre d’un plan de rénovation et enfin ceux pour lesquels aucune rénovation n’est envisagée à ce jour. On a tout intérêt à équiper les bâtiments de ces trois catégories avec une infrastructure numérique, pour être en mesure de collecter les données réelles de dépenses énergétiques. Surtout les passoires thermiques, car la simple visualisation des consommations, associée à un pilotage minimaliste, permet déjà de faire rapidement des économies, jusqu’à 20 %, voire 30 %. Et au-delà de ces économies, la connaissance des données pour tous les bâtiments existants va servir au propriétaire, pour décider quels investissements il doit engager, en toute connaissance de cause : détruire l’immeuble et le reconstruire, simplement améliorer une partie du bâtiment (isolation des façades, changement des ouvrants, remplacement d’une vieille chaudière…) ou s’engager dans une réhabilitation plus lourde.

Le coût d’une infrastructure digitale est minime – entre 1 000 et 2 000 euros par appartement dans le logement social -, comparé à celui d’une rénovation – en moyenne 30 000 euros. Nous ne sommes donc pas du tout sur les mêmes échelles d’investissement et le coût modeste de l’équipement numérique permet de déployer plus facilement cet aménagement massivement. Si l’on investit dans une infrastructure interopérable et ouverte, on a une solution pérenne, qui apportera, de surcroît, bien plus qu’un simple suivi des consommations d’énergie avec la possibilité de piloter les équipements, de chauffage ou de ventilation notamment. L’intelligence du pilotage permet effectivement de réaliser des gains plus importants encore sur le bilan carbone et la facture énergétique. Plus largement, le numérique dépasse l’enjeu énergétique et ouvre le champ des possibles, en apportant l’opportunité de fournir de multiples services aux occupants, au bailleur et à l’exploitant.

De quels types de services parlez-vous ? N’est-ce pas ″gadget″ comparé aux situations de précarité énergétique ? 

CR – Les services sont choisis selon les besoins des bâtiments, adaptés aux attentes des habitants. Pour vous donner un exemple, j’accompagne un projet porté par cinq organismes de logement social[1], qui ont décidé de mettre à la disposition de l’expérimentation Smart Eco Réno, 1 325 logements situés dans cinq villes différentes. Le projet, lancé en mars 2019, vise à répondre à l’enjeu de réduction des consommations énergétiques et à montrer l’intérêt d’intégrer une architecture numérique R2S à l’occasion de la rénovation thermique de leur bâtiment.

L’objectif est non seulement d’améliorer la performance énergétique d’immeubles HLM mais aussi de profiter de cette opportunité pour répondre à d’autres attentes des locataires et favoriser le déploiement de services. Cristal Habitat, par exemple, cherche à faciliter le maintien à domicile des personnes âgées, nombreuses dans son bâtiment. Grand Dijon Habitat se préoccupe de la tranquillité résidentielle en zone prioritaire (gestion des accès, alertes intrusion…). Un an seulement après le début de Smart Eco Réno, qui s’achèvera en décembre 2021, les premiers enseignements sont tombés et ont été publiés dans un rapport d’étape de l’Union Sociale pour l’Habitat que je vous invite à lire, pour consulter les détails de l’expérience.

Les cinq bailleurs sont unanimes et revendiquent déjà l’intérêt démultiplicateur de l’infrastructure numérique pour leurs résidences. Ils envisagent de mutualiser leurs retours d’expérience pour développer une approche commune, qui couvrira les disparités des situations et des solutions, en vue de mettre en place une stratégie de déploiement massif du numérique dans le logement social via les travaux de rénovation thermique.

Cet exemple illustre ainsi que le numérique permet de dépasser largement le cadre des ambitions du plan France Relance, au bénéfice des locataires et de la planète et pour créer les villes de demain. La performance énergétique des bâtiments, c’est bien et c’est même indispensable, mais apporter en plus des services aux habitants pour améliorer leur quotidien et leur bien-être, c’est encore mieux.

[1] Immobilière 3F, Batigère, Alpes Isère Habitat, Cristal Habitat, Grand Dijon Habitat

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